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Les épines qui protègent le coeur de la forêt [Privé Lenn/Angelis Rose]

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Lun 20 Nov - 17:18
Angelis Rose se souvenait de son premier soir dans le dortoir des soldats. Cela faisait quelques jours seulement qu'elle avait quitté celui des novices pour venir dans celui-ci. Le soir de son arrivée, les lieux étaient presque déserts. Seule une personne dormait paisiblement, dans l'obscurité, et elle ne s'était pas éveillée lorsque Angelis Rose était entrée. La jeune femme avait trouvé une bougie orangée qu'elle avait allumée, créant une lumière douce et chaleureuse. Dans un coin, sur un lit fait, bordé d'une couverture de laine beige, elle avait découvert un morceau de papier proprement coupé, sur lequel était soigneusement écrit son nom ; apparemment, c'était là qu'on avait prévu de l'installer. Angelis n'avait que peu d'affaires avec elle, qui furent bientôt déposées au pied de son lit. Elle mit du temps à s'endormir ; son regard vert restait posé avec douceur sur la pièce encore mal connue. En plus du son calme de la respiration du seul soldat présent, elle entendait le bruit d'une petite bête quelque part dans la pièce. C'était en fait une petite souris, adorable, mais pour Angelis Rose, il ne devait pas y en avoir dans une maison bien tenue. Aussi, elle se promit d'aller chez ses parents le lendemain, afin de passer prendre l'un des chatons de la dernière portée .

C'est ce qu'elle fit, effectivement, comme elle l'avait prévu, et ainsi, un jeune chat blanc aux yeux brun doré élut domicile presque en même temps qu'elle chez les soldats de la guilde de Nacastal. Ce chat se nommait Feliz, ce qui signifie « heureux ». Angelis Rose avait l'impression que cet animal avait une présence très positive, comme si en plus de faire fuir les souris, il chassait les cauchemars et les mauvais esprits.


Trois jours après qu'elle ait prit Feliz en charge, Angelis Rose s'éveilla très tôt. La lumière pâle du matin entrait par la fenêtre, et autours d'elle, les autres soldats s'éveillaient également et se préparaient. Elle était bien reposée, mais elle ne pouvait pas se lever tout à fait heureuse ce matin là. En effet, elle était un peu soucieuse, à cause de quelque chose qu'elle avait vu la veille, en se promenant dans la forêt. Cela l'avait préoccupée toute la soirée. Son cœur, bien que toujours calme, était anxieux, et après y avoir songé,  elle avait pris la décision d'aller parler à Lenn, le capitaine de la guilde. Elle ne connaissait pas beaucoup Lenn, même s'il leur était déjà arrivé de se trouver côte à côte dans la guilde, et d'échanger agréablement quelques paroles. Cependant, cette fois-ci, il fallait qu'elle aille lui parler. Sans le connaître beaucoup, elle sentait qu'il était une personne en laquelle elle pouvait avoir confiance, et elle espérait que Lenn et elle pourraient trouver une solution ensemble.

Avant de partir, Aneglis Rose mit un peu du baume de soin pour cheveux que sa sœur lui avait donné. Elle adorait l'odeur de ce baume, et cela lui faisait du bien de respirer ce parfum, qui lui rappelait la présence si bénéfique de sa sœur. Elle enfila aussi la grande veste à capuche que son frère aîné lui avait offerte, et se munit, comme elle le faisait habituellement, de ses armes – arc, flèches, sabre. Puis elle se trouva prête, et sortit dans le couloir, pour rejoindre et emprunter l'escalier qui menait au second étage. Elle espérait trouver Lenn là haut, car c'étaient la que se trouvaient les quartiers du capitaine.

A cette heure-ci, pensa t-elle en gravissant les degrés, il était sans doute sur le point de descendre déjeuner, à moins qu'il ne soit déjà en train de travailler. C'était un peu intimidant quand même d'aller le trouver dans ses quartiers, aussi, lorsque Angelis Rose eût achevé de monter les marches, et qu'elle arriva dans le hall, elle s'arrêta un instant. Elle n'avait jamais osé monter à cet étage. Mais la porte des quartiers de Lenn se trouvait à quelques pas. Elle les franchit, et frappa contre celle-ci... Son coeur se mit aussitôt à battre plus rapidement, et elle demeura immobile, attendant, timide.
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Lenn
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Lun 20 Nov - 20:13
Je gribouillai une dernière phrase sur le papier froissé avant de pousser un long soupir, soulagé de mettre fin à cette torture. Ma nuque s'était endolorie, je l'étirais délicatement en grimaçant. De nouveau, je m'étais laissé surprendre par la tombée de la nuit et, malgré la bougie qui se consumait à quelques centimètres de ma tête, j'écrivais à l'aveuglette depuis maintenant une bonne heure. Je tapotai la table du bout de mes doigts, pensif. Je ne me relisais jamais lorsqu'il s'agissait d'un écrit personnel. Il n'était pas question de confiance en soi, au contraire ; si je m'y attardais trop, je risquais de perdre mon courage pour la lui offrir. Tendrement, je pliai ma lettre et la glissai dans une enveloppe. Avec la force et l'application qui me restait, j'inscrivis son nom et le mien.

Je la tendis devant moi et souris, d'humeur rêveuse. J'étais tout simplement heureux de l'imaginer lire ces modestes mots.

Mais il était tard et mon corps manifestait sa fatigue. Je me déshabillai partiellement, fis tremper mes mains quelques secondes dans l'eau tiède que j'avais pris soin de chauffer au préalable, à la cuisine. J’ébouriffai mes cheveux puis me glissai dans les draps, ignorant tant bien que mal le froid du tissus. Je m'empressai de me réchauffer en rabattant la couverture sur moi.
Cette nuit, je ne parvins pas à dormir convenablement. Le matelas était humide et je me retrouvais bien rapidement transis de froid. Tandis que la lune surplombait Orchedin de toute sa hauteur, je me mis à faire les cents pas dans ma chambre. Je me couvris d'un pull puis, plus tard, d'un autre. Si bien que je pouvais à peine plier les bras. Je parvins à me rendormir quelques heures avant que le soleil ne se lève.

Quand quelqu'un frappa à la porte, mon cœur fit un bond énorme dans ma poitrine. Je sautai de mon lit, défroissai mes vêtements et, le souffle court, j'étendis la couverture sur le lit. Je n'attendais personne, d'où cette intense surprise.
Heureusement, quand j'ouvris à ce mystérieux visiteur, j'avais quelque peu repris contenance.

Je découvris une soldate à l'air timide, ses yeux verts légèrement fuyants. Était-elle ici de son plein grès ou quelqu'un d'autre l'avait-il envoyé me chercher ? Je passai une main dans mes cheveux et toussotai pour retrouver ma voix.

- Bonjour Angelis, entre.

Je m’effaçai poliment pour la laisser passer, clignant des yeux afin de m'habituer à la clarté de la pièce. Elle avait l'air préoccupée, mais pas tellement pressée. J'en déduisis qu'elle venait me parler d'elle-même et que la meilleure chose à faire était de me montrer à l'écoute.
J'étais quelque peu embarrassé de l’accueillir dans ma chambre, car je la connaissais à peine. Elle avait un an de moins que moi et venait d'être promue soldate.

- Que me vaut cette visite ?

J'aurais pu être de mauvaise humeurs, suite à cette nuit incomplète. Et, pour être honnête, je prenais sur moi pour rester chaleureux. Pourtant, j'étais assez malin pour deviner qu'elle avait besoin de parler. Je lui proposai ma propre chaise et lui adressai un léger sourire amical, signe que j'étais à son écoute.







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Ven 24 Nov - 16:48
La porte s'ouvrit sans qu'Angelis Rose ait à attendre longtemps, et elle se retrouva face à Lenn. Elle avait tout de même rarement eût l'occasion de l'approcher d'aussi près. Il était bien plus grand qu'Angelis, mais il faisais à peut près la même taille que le grand frère de cette dernière. Lenn la  salua et l'invita à entrer, s'écartant pour la laisser passer. Angelis entra, en se sentant toujours intimidée, même si elle trouvait que le jeune homme dégageait quelque  chose de très calme et rassurant.

- « Bonjour, Lenn.»

N'étant jamais venue dans les quartiers du capitaine, avant que la porte ne s'ouvre, elle ne savait pas trop à quoi s'attendre. Peut-être à entrer dans une sorte de bureau, ou bien presque, dans une salle d'armes. Ceci ressemblait davantage à une chambre, ce qui était davantage personnel, et Angelis Rose ressentit une légère gêne, elle espérait ne pas s'être montrée trop intrusive en allant frapper à cette porte. Mais enfin, ce n'était pas si différent que si elle était entrée dans la chambre de son grand frère. Elle décida de ne pas trop regarder autours d'elle pour ne pas se montrer indiscrète. Cependant Lenn l'interrogea, lui demandant la raison de sa visite. Puis il lui proposa la chaise devant le bureau et lui adressa un sourire léger; la jeune femme se sentit aussitôt un peu plus rassurée. Répondant d'un sourire timide, elle alla s'asseoir, comme elle y était invitée.

Sur le bureau était posé du papier, de l'encre et des plumes. Angelis elle même n'écrivait pas ou très rarement. La table de travail de Lenn lui donnait une impression de sérieux, et également, une impression positive; il avait du passer des heures, au total, à chercher ses mots à cet endroit, immergé en lui-même. Aussi Angelis se sentait un peu comme si elle était en présence d'un objet presque sacré. Lenn avait du aussi réfléchir de nombreuses fois à tout ce qui concernait la protection d'Orchedin, à cet endroit. Elle se sentait en plein de coeur d'une place forte. Détachant son attention du bureau, elle se tourna vers Lenn qui s'était également assis, pour croiser son regard bleu vert.

Et bien… Excuse moi de te déranger aussi tôt. Je suis venue te parler et chercher ton aide… Cela concerne Orchedin, mais je ne sais pas si c'est un souci qui concerne les guildes, mais je pense que si…»

Elle n'avait cessé de s'agiter nerveusement en disant ces mots, et elle se leva tout en se tenant prête à écouter Lenn, un peu trop agitée ou trop pleine d'énergie pour rester assise. Enfin, elle se dirigea vers le jeune homme et attrapa spontanément ses mains un instant, pour lui demander :

Viens avec moi s'il te plait…»

Elle avait pris les mains de Lenn sans se demander s'il allait mal réagir, elle avait simplement fait confiance à ce qu'elle ressentait, à son instinct, à l'empathie qu'elle voyait en lui, et au lien positif qu'elle ressentait entre eux, même s'ils se connaissaient peu.
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Lenn
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Sam 25 Nov - 19:17
- Et bien… Excuse moi de te déranger aussi tôt.

Je plissai le nez, qu'importe qu'il soit tôt ou non ; je n'avais pas dormi de la nuit.

- Je suis venue te parler et chercher ton aide… Cela concerne Orchedin, mais je ne sais pas si c'est un souci qui concerne les guildes, mais je pense que si, me raconta-t-elle, fébrile.

Confus, je l'observais se lever, visiblement très excitée. J'ignorai ce qu'il se passait, mais cela devait être grave pour la mettre dans cet état. Je n'avais pas l'habitude de faire équipe avec elle, c'était d'ailleurs la toute première fois. Vivement, elle se saisit de mes mains avant de plaider de venir avec elle. J'eu un rire nerveux, peu habitué à de tels investissements dans le cadre du travail. Doucement, je retirai les miennes et me levai à mon tour, lui faisant signe que je la suivais.
Je la prenais au sérieux, pourquoi ne le ferais-je pas ?

- Où veux-tu m'emmener, Angelis ?

Ce matin, je n'avais rien de prévu, je pouvais donc consacrer tout mon temps à ce mystérieux soucis, qui avait l'air si urgent pour qu'elle préfère m'en parler sur le chemin plutôt que tranquillement dans mon bureau. Je glissai mon poignard dans ma ceinture, enfilai une cape chaude et rabattis la capuche sur ma tête, me préparant au froid de la ville.
Un problème qui touchait les Guildes, et je n'étais pas au courant ? J'étais curieux, j'aurais pu insister et lui demander d'avantage d'explication, ici même et sans attendre. Mais je respectais son choix et j'étais prêt à faire preuve de patience. Je jetai un dernier coup d’œil à la lettre laissée sur mon bureau, poussai un petit soupir. Ce ne serait pas pour aujourd'hui.
Au fil du temps, j'avais appris à faire confiance en chacun de mes soldats. Tous avaient prouvé leur valeur en le devenant, je me devais de les considérer avec respect. Certains avaient parfois risqués leur vies pour Orchedin. Cette ville, ce peuple qui était ma raison de vivre. Mes soldats, mes lieutenants, tous étaient une petite partie de moi-même. Rarement ils ne m'avaient déçu et je savais prendre le recul nécessaire quand il s'agissait de leur donner une seconde chance.

Angelis pouvait compter sur moi ; qu'importe ce qu'elle me demandait de faire, j'étais dorénavant son partenaire.







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Ven 29 Déc - 14:22
Le jeune homme sembla un peu surpris et légèrement embarrassé de ce geste, mais Angelis Rose sentait qu'il restait doux et bienveillant, peut-être était-il d'une nature calme, en lui-même ? Il enleva ses mains avec douceur et se leva en  indiquant à Angelis qu'il était prêt à la suivre. Celle-ci lui sourit avec confiance, malgré qu'elle soit également légèrement nerveuse, elle était surtout pleinement sûre de lui. Il était plus âgé qu'elle, aussi elle se sentais un peu sous sa protection. Il lui demanda où est-ce qu'elle voulait qu'ils aillent.

- « Tu verras, pas très loin.»

C'était toujours un peu troublant de dire « tu » à Lenn, mais puisqu'il avait commencé, puisqu'il semblait vouloir qu'elle s'adresse ainsi à lui, elle allait sans doute rapidement s'y habituer. Après tout, même s'il était son capitaine, ils étaient jeunes tous les deux. Peut-être que qu'elle avait répondu n'était pas suffisant, et qu'il allait demander des précisions. Tandis qu'il s'habillait d'un vêtement chaud et prenait une arme, Angelis Rose continuait de bouger légèrement, elle avait envie de regarder autours d'elle, c'était plus fort qu'elle, parce qu'elle observait toujours avec attention son environnement. Mais elle ne voulait vraiment pas se montrer indiscrète, aussi elle ressentait un sentiment d'impatience très fort, la hâte de se mettre en route. Elle aurait souhaité parler et se demanda quelques secondes ce qu'elle aurait pu dire.

- « C'est bon Lenn, tu es prêt ? »

C'était un peu inutile de demander ça, parce que effectivement il paraissait l'être, mais peut-être que c'était quand même une bonne question, si il voulait vérifier qu'il n'oubliait rien ? En effet, il regardait vers son bureau comme s'il se demandait la même chose. Angelis Rose se rapprocha de nouveau de lui. Il était décidément bien plus grand qu'elle.

- «On y va ?»

Elle se rendit compte que c'était comme si elle demandait encore la même chose et se mordilla la lèvre un peu contrariée, en se disant qu'elle paraissait un peu bête, mais elle se reprit et se dit intérieurement de ne pas être aussi timide. Mais il est vrai qu'elle ne connaissait pas beaucoup Lenn, il était normal qu'elle ne soit pas aussi à l'aise que s'ils se connaissaient beaucoup. Enfin bon, ce serait la première fois qu'elle traverserait la guilde avec lui, cela allait être agréable de marcher en sa compagnie.

- « C'est dans la forêt que je veux aller en fait. »

Elle avait pensé qu'il fallait le lui dire, à présent elle triturait les manches de sa grande veste, celle de son frère aîné, et elle pensait aussi à l'une de ses sœur, Danaë, qui avait un an de moins qu'elle. Peut-être qu'ils allaient la croiser ?
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Ven 12 Jan - 17:20
J'étais pensif. Les mots que je venais d'écrire dansaient encore devant mes yeux. J'avais un peu peur, peut-être étais-je inquiet. Je n'entendis pas les premiers mots qu'Angelis m'adressa, absorbé par cette fameuse lettre qui me rendait si fébrile.

- On y va ?

Sa voix me tira de mes pensées, à mon plus grand soulagement. Je la dévisageai en silence avant d'hocher la tête. Elle précisa après quelques seconde que notre destination n'était autre que la forêt. Je me demandais bien ce qu'elle voulait me montrer. Il était rare qu'une mission nous mène en ce lieu. La forêt me faisait d'avantage penser à Ariemm et à cette idée, je souris. Nous deux, à la cime de ce chêne, le jour de son anniversaire. Un doux souvenir qui me donnait des frissons.
Je sortis de ma chambre et fermai doucement la porte, je ne voulais pas faire attendre Angelis une seconde de plus. Je m'engageai dans les escaliers en colimaçon qui me menèrent dans le réfectoire où le fumet alléchant d'une cuisine généreuse me chatouilla les narines. Mais je n'avais pas faim, je n'étais pas d'humeur gourmande non plus. En réalité, ma curiosité grimpait en intensité à mesure que je voyais Angelis près de moi. Je n'osais lui demander, de peur de la prendre de court et faire de sa timidité un défaut trop imposant. Je ne voulais pas précipiter ses mots alors, j'attendis sagement. Mais j'avançai. La Guilde était réveillée, les novices s’entraînaient déjà sur le sable de la cour. D'autres, plus frileux, avaient opté pour la salle d'entrainement d'où s'échappait des cris et même quelques rires.
J'étais content, chacun prenait son rôle très au sérieux. Une belle ambition se ressentait dans le regard de tous.

D'un signe de tête, je saluai les gardes qui s'écartèrent et nous laissèrent sortir, Angelis et moi. Je lui lançais quelques regards de temps en temps, tout en réfléchissant à ce qui pouvait bien se tramer. J'étais impatient d'entendre ses explications. Si impatient que j'en oubliais de lui demander si la présence d'un autre soldat était préférable.







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Mar 16 Jan - 20:28
« Quoi qu’il arrive, garde courage. Car l’étoile brille dans le ciel. Car la rose vit dans le jardin. Un fardeau pèse sur nos épaules. Le fardeau de ce que nous sommes et de ce que nous devons faire. Mais nous pouvons porter ce fardeau, avec l’aide de Jésus...»

Ce sont des notes d’Alexandriël, mon ami d’Avelann. L’autre jour je suis allée passer la soirée avec lui, à sa guilde. C’est fou, à quel point il est désordonné. Et, ce petit morceau de papier blanc cassé a attiré mon regard, avec l’encre qui le parcourait joliment. Je l’ai pris en main en lui demandant si je pouvais lire. Et ces phrases me sont restées en tête. Cela me faisait réfléchir. L’étoile ? La rose ? Peut-être est-ce une même personne ? Il ne se souvient pas de tout ce qui fait son passé et son histoire, mais cette croyance, la sienne, est restée enracinée dans son cœur. Comme je fais partie des personnes qui l’on aidé lors de son arrivée à Orchedin, cela a tissé un lien assez fort entre lui et moi. Même s’il est assez timide sur ce sujet, il m’a déjà parlé de sa foi. Là d’où il vient, dans son village d’origine, c’est naturel de croire en Jésus, fils de Dieu, tout comme ici, à Orchedin, nous croyons en Sêlin. Ce dont il me parle est différent de la croyance que m’on transmis mes parents, et des traditions de ma ville, à laquelle je suis très attachée, mais il y a des valeurs communes.

Parfois je me demande si Orchedin est aussi bien protégée qu’avant. Il m’arrive de me poser ce genre de questions, par moments je me fais du souci. C’est aussi à cause de ce que j’ai vu dans la forêt hier, que je ne peux m’empêcher d’être inquiète. Mais je pense que ce n’est pas vraiment fondé, Les guildes sont efficaces, leurs soldats ont du discernement, et je pense qu’avec Lenn nous allons faire une action décisive, trouver une solution pour protéger le coeur de la forêt.

Lenn ayant acquiescé à ma demande, nous sommes sortis tous deux de sa chambre, d’où j’étais venue le déranger pour solliciter son aide ; il a fermé sa porte, pendant que j’attendais tranquillement, bien qu’inconsciemment je montrais des signes d’impatience. Enfin, nous avons commencé à marcher, et je suis descendue à sa suite le long de l’escalier, en écoutant grincer quelques marches, et monter des voix de l’étage en dessous. Nous sommes passés rapidement par le réfectoire, ayant juste le temps de voir quelques soldats qui finissaient de prendre leur petit déjeuner, j’ai vu quelqu’un sortir quelque chose du four, peut-être du pain, ou de la pâte. Mais ni Lenn ni moi ne voulions nous arrêter, je crois, je me suis dit que nous aurions peut-être dû prendre quelque chose, pour le cas où nous aurions faim plus tard, mais après tout, nous pourrons facilement trouver à manger dans la forêt, bien que ce ne sera peut-être pas le meilleur repas du monde, nous ne mourrons pas de faim. Lenn et moi marchions sans parler, nous avons quitté le réfectoire, avec un peu de regret pour ma part, et quelques instants plus tard, nous étions sortis dans la cour, où des soldats et des novices s’entraînaient. Je suis toujours surprise de constater à quel point les novices semblent jeunes, des enfants encore. Jusqu’à présent je n’ai jamais eu la responsabilité de m’occuper de novices, je me demande si ça m’arrivera un jour.

Ayant achevé de traverser la cour, nous sommes sortis par les portes, juste avant de sortir, j’ai rabattu la capuche de ma veste sur ma tête, ce n’est pas très poli, j’ignore pourquoi, mais je suis sortie en regardant droit devant moi, sans saluer les gardes. Peut-être parce que je n’avais pas du tout envie de parler ou de voir qui que ce soit, je me renfermais complètement en moi-même. Mais il y aurait de quoi demander pardon à Lenn, je ne suis pas le meilleur soldat que l’on puisse rêver. Je n’étais vraiment pas fière, mais j’avais ce besoin de m’enfermer hors de portée de tous. Mais si c’était à refaire, peut-être que j’agirais différemment.

Un joli chemin se dessinait, bordé d’herbes sauvages, non taillées, orné de ci et de là de fleurs des champs, bien que, également, se voyaient quelques feuilles mortes dans ce paysage. Nous avons marché longuement en silence, à mesure que j’avançais je devenais de plus en plus sérieuse, mais alors que nous étions tout proches de la forêt, j’ai profité de notre marche pour interroger Lenn sur un sujet qui m’intriguais beaucoup.

- « Capitaine Lenn, pardonnez ma curiosité, mais, je ne connais que très peu le lieutenant Angels. Comment est-elle ? Pensez-vous que j’aurais l’occasion de la connaître un peu mieux ? »

Bien d’autres personnes m’intriguaient dans la guilde. Mais il est vrai que je n’ai jamais eu l’occasion de discuter avec cette jeune femme, c’est bien dommage. J’espérais que Lenn ne m’en voudrais pas de ma curiosité. De toute façon la forêt s’élevait à présent devant nous. Je coupais à travers un petit champ en friche, nous avions à traverser des hautes herbes, ce que je trouve toujours assez amusant, et bientôt j’entrai sous le couvert des arbres. La forêt était assez sombre, et à cet endroit, les arbres étaient principalement des conifères. Ce sont des arbres que j’appelles des sapins, bien que je croie que ce n’est pas leur vrai nom. Ils avaient des branches basses, il aurait été aisé de monter, malgré le fait que leurs branches sont pleines de petites ramifications pointues, et ne laissent que peu d’espace à un grimpeur, ne facilitant pas la venue d’un visiteur. A cet endroit de la forêt tout allait bien. Je n’avais pas emprunté le chemin qu’empruntent ordinairement les personnes pour entrer en ce lieu, mais j’y avais conduit Lenn par une entrée qui m’était propre. Il devait se demander pourquoi je l’avais entraîné ici, il n’y avait absolument rien à voir, à première vue. Peut-être ce doute venait-il juste d’apparaître dans son esprit, je pris alors doucement la parole pour l’apaiser.

- « Ce que je voulais vous montrer se trouve plus loin, il nous faudra marcher un moment. Vous devez vous demander de quoi il s’agit, et je préfère vous prévenir avant que vous ne voyiez de vos yeux et ne soyez bouleversé, peut-être, comme je l’ai été. »

Etait il prêt à m’accompagner, à marcher à mes côtés dans la forêt ? Il nous faudrait être prudents, ce lieu n’est pas sans danger, et il est assez vaste. Mais connais très bien cet endroit, je suis ici dans mon élément, Lenn ne risque rien avec moi. Même si la voute végétale me murmure des secrets. Même si ici, je suis autre. Différente de ce que je suis lorsque je suis entre les murs de la guilde. En fait, comme Lenn ne me connaît pas beaucoup, il pourrait presque avoir peur de se retrouver seul ici avec moi. Je ne sais vraiment pas quelles pensées peuvent lui traverser l’esprit. Je dois avouer qu’ici, j’ai un peu peur de moi-même, parce que je sais qu’en ce lieu, je deviens ce que je suis vraiment, mais ma nature protectrice prévaudra toujours sur mon étrangeté.

- « Continuons de marcher, si vous le voulez bien, plus loin, la forêt est davantage claire et riante. »

Je m'attendais toutefois à un refus.

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Lenn
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Ven 19 Jan - 17:43
Le vent était glacial, j'avais froid, mes lèvres s'ouvraient. Je passai ma langue sur ma bouche puis regrettai, la douleur n'en était que plus vive. La lisière de la forêt se rapprochait au fur et à mesure que nous avancions. Mes pas étaient rapides, mais Angelis ne se laissait pas distancer. Je n'avais rien à dire alors je me taisais, j'attendais, pourtant la soldate n'avait pas l'air de vouloir m'expliquer. Je n'aimais pas être dans l’incompréhension. Si je l'avais suivi jusque ici avec une confiance aveugle, son silence me chuchotait de me méfier. Je l'observais du coin de l'oeil.
Enfin, elle prit la parole.

- Capitaine Lenn, pardonnez ma curiosité, mais, je ne connais que très peu le lieutenant Angels. Comment est-elle ? Pensez-vous que j’aurais l’occasion de la connaître un peu mieux ?

Je ne répondis pas tout de suite. J'hésitais entre m'impatienter ou répondre gentiment. Je me rendis compte que je ne connaissais pas Angelis et qu'en tant que capitaine, je devais me montrer patient et indulgent. Je pensais alors à ma lieutenante. Le dernier souvenir que je partageais avec elle était à la fois douloureux et étrange. Sous mes vêtements, un bandage couvrait encore ma plaie et m'interdisait certains gestes brusques.
La relation que j'entretenais avec ma lieutenante était parfois difficile, nous ne pensions pas pareil et nous nous contredisions souvent. Je l'avais choisis pour son travail parfaitement bien exécuté et son savoir faire. Elle était appréciée par les autre soldats et m'avait été maintes fois recommandée comme bras droit. J'ignorai encore que la situation deviendrait si tendue.
Je soupirai. Cette nuit-là, elle s'était mise de côté, oubliant toute antipathie qu'on s'inspirait l'un de l'autre pour me porter secours. Elle m'a aidé d'une manière admirable. Depuis cet incident, une semaine était passée, ma blessure s'était refermée. La honte, elle, me collait toujours un peu. Ma fierté en avait pris un coup. Mais au fond de moi, je regrettais de ne pas l'avoir dignement remercié.

- Angels est une femme respectable. Si tu tiens tant à la rencontrer, je pourrais l'assigner à une mission en duo avec toi.

J'imaginai déjà sa tête à l'annonce de cette initiative. Angels préférait travailler avec des personnes en qui elle faisait confiance et qu'elle connaissait. Je me faisais un malin plaisir à l'imaginer avec une parfaite inconnue. Je restai réservai et ne parlai pas de ma lieutenant d'avantage. Je me mis à suivre Angelis puisqu'elle devait me montrer "une certaine chose" qui m'était encore inconnu.
Je reconnaissais vaguement le chemin sur lequel elle m'emmena, mais d'ordinaire, je n'entrais pas par là. Mes mains dans mes poches étaient crispées, un drôle de sentiment me submergeait, je ne parvenais pas à l'identifier. Agacé, je secouai la tête et marchai plus vite.     

- Ce que je voulais vous montrer se trouve plus loin, il nous faudra marcher un moment. Vous devez vous demander de quoi il s’agit, et je préfère vous prévenir avant que vous ne voyiez de vos yeux et ne soyez bouleversé, peut-être, comme je l’ai été.

Tiens, elle me vouvoyait. Je ne répondis rien. Bouleversé ? Elle et moi n'étions probablement pas sensible pour les mêmes choses, mais je la suivis.

- Continuons de marcher, si vous le voulez bien, plus loin, la forêt est davantage claire et riante.

J'hochai la tête, avais-je le choix ? Je m'attendais à tout et n'importe quoi. Sur le qui-vive, j'avançais sur le sol tapissé de feuille morte. La discrétion en forêt était délicate, je ne m'étais jamais entraîné à cet exercice. J'observais Angelis pour savoir si elle se faisait discrète ou non, afin d'adopter son attitude. Que faire à part lui faire confiance?
L'aspect sombre des bois  fit place, conformément aux dires d'Angelis, à une ambiance plus claire et posée. Je me sentis mieux mais pas totalement tranquille.

- Il y a du bruit par là, annonçais-je dans un léger souffle, c'est ce dont tu veux me parler ?

Je m'étais arrêté. J'attendais sa réponse.







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Mer 24 Jan - 11:10
Lorsque je lui posai une question à propos du lieutenant Angels, Lenn ne me répondit pas immédiatement, il sembla réfléchir un peu, avant de dire :

- « Angels est une femme respectable. Si tu tiens tant à la rencontrer, je pourrais l'assigner à une mission en duo avec toi. »

Je secouai doucement la tête.

- « Non, je ne veux pas forcer. J’étais seulement un peu intrigué par elle. »

Lenn m’avait accompagnée jusque-là, même s’il semblait un peu réticent, et malgré que je sente qu’il doutait de moi. Cela aurait pu me décourager. En effet, si le capitaine de ma guilde ne croit pas en moi, je me demande qui y croira, et autant tout arrêter, tout de suite, non ? Pourtant il avait aussi parfaitement raison de ne pas me faire totalement confiance.

Mais chassant ces sombres pensées, je marchais avec Lenn à mes côtés, écartant parfois les branchages et les retenant afin de faciliter notre progression, où enlevant délicatement les ronces du passage, les laissant se rabattre derrière nous. Nous avions une longue marche à accomplir, en ce lieu particulièrement farouche. Nous suivions ce qui était un sentier tracé par des petites pattes de renard, ou par le passage de lapins, ou d’autres animaux de la forêt. Bientôt toutes mes précautions ne furent plus autant nécessaires : nous atteignions une sorte de clairière, et peu à peu, le paysage se transformait doucement. Des nappes de soleil apparaissaient doucement, de plus en plus nombreuses, éclairant partout autour de nous la végétation verdoyante et le sol parsemé de feuilles mortes, de brindilles, d’écorces, d’aiguilles de pin. J’aime bien ces lieux où il y a beaucoup d’aiguilles de pin éclairées de soleil. Parfois on y découvre des petites coupes pleines d’eau de pluie, où dansent des feuilles d’érable rouge, et où peuvent venir boire les oiseaux. Les arbres étaient davantage espacés les uns des autres à mesure que nous avancions, cette partie de la forêt est bien plus vivante, parce que le soleil l’atteint davantage, elle respire mieux. Nous étions entrés dans ce côté du bois où l’humain a plus facilement accès.

Je regardai Lenn de côté, en me sentant paisible pour le moment. Nous continuions de marcher. Il y avait par là une ambiance propice à m’apaiser, et à calmer toute douleur. Et quelques pas plus loin, nous serions arrivés. Je passai entre deux arbres, en posant ma main un instant sur l’écorce de chêne réchauffée par le soleil. Une poignée de minutes plus tard, nous avons atteint un lieu où commençaient à apparaitre des traces humaines.

Il y a du bruit par là, c'est ce dont tu veux me parler ?» me souffla Lenn.

Je laissai mes cheveux glisser doucement le long de mon visage. Encore quelques pas et Lenn découvrirait ce dont je voulais lui parler, je n’avais pas besoin d’expliquer quoi que ce soit. Écartant les derniers branchages, enjambant les premiers rondins de bois coupés, je lui découvris ce qui était pour moi la scène du massacre. Je m’en sentais blessée comme si c’était une partie de moi qui avait été abîmée. Heureusement il n’était peut-être pas encore trop tard pour agir. Des arbres, trop à mon goût, avaient été coupés, débités en rondins. Des troncs abattus, de la sciure parsemaient le sol. Je ne sais pas comment c’est possible, mais pour moi il est hors de question que ça continue. Je suis prête à camper sur place, mais je jetterais hors de cette forêt toute personne que j’apercevrais, si celle-ci manifeste l’intention de couper ne serait-ce qu’une brindille. Je suis très déterminée.

- « Je ne sais pas ce que c’est que ce bruit. Ni si il y a quelqu’un. »

Cependant une veste légère avait été abandonnée, accrochée sur une branche, il y avait les traces d’un feu de camps, entouré de rondins, où les hommes avaient dû s’asseoir. Une hache reposait même appuyée, laissée là. Je croisais les bras.
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